Recycler le verre médicamenteux, une gageure ?

Bien que le verre soit le seul matériau d’emballage recyclable à l’infini sans que l’on doive y rajouter de la matière, contrairement au papier ou au plastique, le recyclage du verre médicamenteux semble ne pas intéresser les industriels qui passent pourtant à côté d’une source de profit non négligeable. Pour les hôpitaux, qui pourraient, eux aussi, générer des recettes et diminuer les coûts du traitement des déchets, c’est un peu comme résoudre la quadrature du cercle. Pourtant, au CHU de Montpellier, François Gracia ne veut pas lâcher l’affaire…

Pourquoi baisser les bras lorsque les solutions peuvent exister ? C’est ce qu’il ressort de l’entretien que nous avons eu avec François Gracia, ingénieur au CHU de Montpellier et au GHT Est-Hérault et Sud-Aveyron. « Le Grenelle de l’Environnement nous a fait obligation d’organiser notre tri en cinq flux différents que sont le bois, le papier, les plastiques, les métaux et le verre, afin notamment d’encourager le recyclage. Mais quatorze ans après nous sommes toujours incapables de recycler le verre médicamenteux soumis, il est vrai, à des contraintes drastiques ».

Traité sur le même plan que les DASRI

Impossible en effet de recycler ce matériau sans que des précautions particulièrement strictes ne soient prises, tant en ce qui concerne sa collecte que son stockage et le transport vers les sites d’incinération. « Car bien qu’il soit recyclable, le verre médicamenteux est encore traité au même plan que les DASRI, explique François Gracia, sur le 1 100 tonnes de DASRI que nous produisons chaque année, on compte pratiquement 20 tonnes de verre médicamenteux ». Ça semble bien peu aux industriels qui n’ont pas envie d’investir dans les fours à haute performance indispensables au recyclage du verre souillé.

Ainsi que le précise François Gracia, deux types de fours sont généralement utilisés pour l’incinération des déchets : « Nos DASRI sont éliminés dans des fours à 850° quand les cytotoxiques le sont dans des unités qui montent à 1 100° selon qu’il s’agisse de risques infectieux ou de risques chimiques. Or le point de fusion du verre est de 1 500° et aucun des deux majors du recyclage en France ne possède de four montant à cette température… ».

Des économies potentielles

Autant dire que recycler le verre médicamenteux et respecter les prescriptions du Grenelle de l’Environnement est une gageure. En tout cas à l’heure actuelle. « Nous sommes responsables de nos déchets jusqu’à leur destruction, rappelle François Gracia, or, pour le verre médicamenteux, la fusion est la solution la plus sûre ».

En attendant, l’ingénieur fait ses comptes : « La destruction des déchets d’activité de soins non dangereux nous revient à 350 € la tonne, quand les déchets à risque infectieux nous coûtent environ deux fois plus cher, ce qui est finalement peu de chose à côté de l’incinération des déchets chimiques et toxiques où nous culminons à 1 800 € la tonne ! ». Autant dire que le recyclage du verre médicamenteux lui permettrait d’alléger la note… Mais voilà, au Sud de la France, tout au long de l’arc méditerranéen, impossible pour l’instant de recycler. Quant à expédier ces déchets-là à l’autre bout du pays, il ne faut même pas y penser : « Le transport représente à lui seul un tiers du coût global, détaille François Gracia, alors autant dire que si nous ne trouvons pas d’autre solution, nous ne pourrons jamais recycler ».

La piste de la mutualisation

« Les industriels doivent faire tourner leurs fours, reconnait l’ingénieur, et si nous ne sommes pas capables de les alimenter suffisamment, ils ne pourront pas les rentabiliser ». La piste de la mutualisation est donc une réponse qui ne peut être écartée : « La massification peut nous donner une force de frappe dont notre seul CHU ne dispose pas, nous pourrions ainsi faire bouger les lignes, tirer les coûts vers le bas et réaliser des profits sur le recyclage ».

C’est sans doute la solution qui fera bouger les prestataires qui n’ont pas encore compris qu’il y avait là une niche à ne pas négliger. Et les comptes sont vite faits : « Public et privé confondus, nous totalisons en France pas loin de 480 000 lits, remarque-t-il, et comme tous les établissements génèrent plus ou moins le même volume de déchets par lit, il suffit de rapprocher les 20 tonnes de verre médicamenteux générées chaque année des 2 700 lits que compte notre CHU pour avoir une idée du marché que cela représente au niveau national ». Autrement dit plus de 3 500 tonnes de verre médicamenteux à recycler… « La filière existe au Canada, alors pourquoi la France ne serait-elle pas capable d’en créer une ? ».

Le Canada le fait, pourquoi pas nous ?

Le CHU de Montpellier court toutes les pistes possibles : à Vergèze, dans le Gard, il frappe à la porte du groupe Perrier : « Mais impossible pour eux de fondre du verre alimentaire et du verre industriel dans les mêmes fours ». François Gracia prend alors contact avec Essilor ou Saint-Gobain, et finit par intéresser le groupe Mineris, spécialisé notamment dans le recyclage du verre : « Ils travaillent sur une solution permettant de réutiliser le calcin ».

L’ingénieur montpelliérain se tourne également vers la Normandie, chez les verriers de la Vallée de la Bresle : « La “Glass Valley” est le premier pôle mondial du flaconnage de luxe ». Il faut peut-être aussi rassurer les industriels : « Une fois qu’ils ont atteint leur point de fusion, les verres médicamenteux sont absolument neutres, il faut dépasser l’aspect psycho émotionnel ! ». Vous l’aurez compris, le CHU de Montpellier souhaite se positionner en première ligne sur ce sujet : « Nous ne sommes pas les seuls en piste, bien sûr, mais ici le raisonnement en coût global est la règle ».


1 réaction
  1. Gadenne dit :

    je suis manip sur la région parisienne et comme vous le service cherche une solution pour faire recycler le verre médicamenteux

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