Le CHU de Poitiers joue la carte du réemploi

Dépose, achats, reconstruction… Pour réduire son empreinte environnementale et alléger son budget travaux, le CHU de Poitiers a décidé de rompre le cercle infernal en se lançant dans la pratique du réemploi. La deuxième vie est désormais donc de rigueur au CHU poitevin, pour les matériaux comme les équipements.

Un stock pour le réemploi © CHU Poitiers

Dans les établissements, les cadres de santé se suivent et les organisations soignantes évoluent. Résultat : « pas une semaine sans qu’un local ne soit appelé à changer de forme et d’usage, ancien cabinet de toilette métamorphosé en local de lingerie ou petit bureau reconverti en réserve. À l’échelle de nos 450 000 m2, cela finissait par représenter un nombre continu d’opérations répétitives, dont l’empreinte pesait autant au budget qu’à l’environnement », décrit le directeur des constructions -patrimoine et transition écologique du CHU de Poitiers, Frédéric Marchal.

Sous sa direction, Claire Duverger Darré, ingénieure travaux dorénavant coordinatrice en transition écologique, s’est donc faite depuis quelques mois le bras armé d’une nouvelle dynamique écoresponsable : le réemploi ou, lorsqu’il s’avère impossible, la réutilisation, c’est-à-dire avec modification d’usage.

De nouvelles filières pour l’ancien

La démarche s’est structurée avec le soutien de Bellastock, coopérative d’architectes francilienne, qui développe depuis dix ans une expertise en la matière dans le secteur du BTP. À partir d’un état des lieux conduit dans les différents ateliers de maintenance et d’exploitation du CHU, les étapes sont posées. « Si de nombreux responsables d’ateliers se prononçaient en faveur de l’idée, pour certains d’ailleurs réemployant même déjà des matériels comme la robinetterie ou les mains courantes, la dynamique achoppait à diverses difficultés très concrètes », raconte Claire Duverger Darré.

© CHU Poitiers

Un premier sujet s’impose ainsi : la réparation, pas toujours faisable en interne. Commandes de lit, appels malade… Les compétences manquent. « Alors qu’il aurait parfois suffi de peu pour en restaurer le fonctionnement, le budget consacré au remplacement de ces équipements tournait ainsi autour de 50 000 euros par an. Aussi un réseau d’opérateurs locaux capables de réparer et reconditionner ce type de matériels a-t-il d’abord été identifié et déployé, revivifiant par la même occasion le tissu local », relate le directeur.

Un catalogue interne du réemploi

© CHU Poitiers

La mise à disposition des ressources constitue le second versant du parcours à déblayer. In situ, des locaux commencent donc à être organisés en rayonnage, comme dans un magasin, et, accompagné de Bellastock, le CHU travaille actuellement à la conception d’un logiciel de gestion de ces stocks, corrélés aux différents espaces qui y sont dédiés sur son périmètre. Tout n’est évidemment pas réemployable et ce qui l’est ne l’est pas forcément partout.

« Rien de ce qui affiche plus de quinze ans d’ancienneté n’est conservé et, sous ce seuil, les conditions s’avèrent drastiques pour les zones à risques comme les plateaux techniques ou les services de soins critiques », modère Claire Duverger Darré, laquelle appuie actuellement chaque responsable d’atelier dans l’édition d’une liste de matériaux et équipements éligibles au réemploi. « Pour chaque item, les conditions de test de fonctionnement puis de nettoyage et de reconditionnement sont décrites » expose-t-elle.

Vers une coopération avec les collectivités et l’université

Et d’ajouter : « certains matériaux dont nous ne pouvons garantir la performance ne sont plus réemployés mais réutilisés, par exemple une porte coupe-feu se voit « détournée » en porte classique… » Ces exigences posées, les équipes des « travaux neufs » pourront ainsi bientôt, à l’envie, choisir à ce catalogue interne les lavabos, interrupteurs, mitigeurs ou prises nécessaires à leurs chantiers.

Mieux encore : « pour élargir le choix des matériaux à déposer ou réutiliser, l’idée d’une plateforme du réemploi à l’inventaire en temps réel prend progressivement forme à l’échelle du territoire, en partenariat avec les grandes institutions publiques qui y sont implantées comme la communauté urbaine du Grand Poitiers, le conseil départemental ou l’université », s’enthousiasme l’ingénieure qui l’assure « nous ne sommes qu’au tout début de la courbe ! ».

Prochainement un critère bas carbone

© CHU Poitiers

De fait, les chiffres manquent encore pour mesurer l’impact de cette logique d’économie circulaire naissante. Mais, pour Claire Duverger Darré, c’est sûr : « la démarche aura pris trois fois plus d’ampleur d’ici un an, qui plus est boostée par les nouvelles techniques d’achat », prédit-elle. Fini, en effet, le temps où pour équiper deux de ses bâtiments de 35 000 m2, le CHU achetait 2 100 luminaires de circulation LED, totalement irrécupérables une fois leur date d’obsolescence arrivée.

« Six ans plus tard, nous faisons de la durabilité et de la réparabilité un critère majeur de nos marchés », expose-t-elle. Jusqu’à même travailler en ce sens le prototypage de certains équipements avec les fabricants et adjoindre très prochainement aux procédures d’adjudication un critère « bilan carbone déterminant » car sans proximité, l’économie circulaire ne tourne pas complètement rond.

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