Le CH Saintonge table sur le recyclage de qualité

Afin de limiter au maximum les déchets et notamment l’envoi de matériels à la décharge, le CH de Saintonge qui pratique déjà le réemploi et la vente d’équipements réformés, vient d’ajouter une 3e corde à son arc, avec le « upcycling ». À partir d’anciens meubles démodés, l’hôpital a fait fabriquer des tables bien plus tendance, sans apport de composants neufs.

© CH Saintonge

« Notre établissement cherche à limiter au maximum les éliminations », assure Jérémie Grée, responsable des achats du CH de Saintonge. Plutôt que d’envoyer du matériel à la déchetterie, l’hôpital, soucieux aussi de limiter l’utilisation de ressources nouvelles dans une démarche globale de développement durable, favorise le réemploi de première main par un autre service. Ou préfère la vente d’occasion sur un site aux enchères spécialisé dans ce type de transactions.

Dans cette logique, Jérémie Grée, convaincu des bienfaits du recyclage sur l’empreinte environnementale, réfléchit aux moyens de faire du neuf avec du vieux dans le domaine du mobilier. « Cela me trottait dans la tête. Même si les hôpitaux ne sont pas soumis à la loi AGEC, ils figurent parmi les principaux pollueurs. » Le responsable des achats est alors inspiré par l’exemple de l’eurométropole de Strasbourg qui a fait réaliser une vingtaine de meubles design élaborés à partir d’invendus ou d’objets de seconde main (lire notre article du 9 juin 2021).

Une salle de réunion comme laboratoire

L’ancienne salle de réunion © CH Saintonge

En raison des contraintes d’hygiène et de nettoyage, la démarche sera circonscrite aux zones tertiaires (bureaux, salles…). Pour aller vendre la démarche auprès de l’établissement et du GHT, Jérémie Grée cherche un « laboratoire », terrain d’expérimentation. La zone test est trouvée à proximité de la direction des achats : une salle de réunion utilisable par tous, mais pas très glamour, complètement aveugle, et composée de mobilier hétéroclite récupéré de-ci, de-là. « Les tables provenaient de l’ancienne salle du conseil de l’hôpital, avant le déménagement de 2007 », illustre le responsable des achats.

Point important, l’objectif n’est surtout pas de faire du « cheap », mais bien d’avoir du mobilier esthétique, résultat d’une action vertueuse. « Le risque clairement identifié était de nous voir reprocher de gratter partout dans le but de faire des économies. Notre ambition était aussi de relocaliser la production. Or, la main d’œuvre coûte, il faut le garder en tête », rappelle Jérémie Grée. L’hôpital chiffre donc ce que coûterait de refaire la salle à neuf, avec un équipement de qualité. Soit une enveloppe d’environ 4000 euros qu’elle choisit d’investir dans de l’upcycling, ou recyclage amélioré.

Trouver un prestataire capable de transfigurer le vieux mobilier

En parallèle, un sourcing est effectué en Charente-Maritime et dans les départements limitrophes afin de repérer les structures capables de réinventer des meubles à partir de l’existant, sans exploiter de matières nouvelles. Le tout dans le cadre d’une démarche de décoration intérieure. Le CH de Saintonge sollicite alors l’association La Matière, installée à La Rochelle, qui a déjà travaillé pour des collectivités locales.

© CH Saintonge

Grâce à de la marqueterie, les tables sont métamorphosées. « Il n’y a eu aucun achat de matière neuve », insiste Jérémie Grée, « tous les composants utilisés ont été récupérés : le bois provient de chantiers ou de stock d’invendus, idem pour la peinture ou la toile. » Les chaises fournies ont été chinées, puis poncées et retapissées. Et des décorations murales sont conçues à partir de chutes de bois et de tasseaux découpés et repeints.

Sauver les meubles grâce au upcycling prend du temps

Premier enseignement, ce genre de démarche nécessite du temps, le prix à payer pour ne pas s’équiper en produits standardisés, fabriqués très loin de manière massive. Commandées en mai, tables et chaises sont arrivées à la mi-novembre. « Il n’est pas possible de se préoccuper de ce type d’initiative à la dernière minute puisqu’il n’y a rien sur étagère. Le prestataire travaille sur commande. Et il faut donc faire en sorte d’entrer dans leur planning », prévient Jérémie Grée.

© CH Saintonge

Cependant, le responsable des achats est prêt à regoûter aux plaisirs de la table « upcyclée ». Il souhaiterait y consacrer près de 30 % du budget alloué au mobilier tertiaire. Par exemple pour d’autres salles de réunion ou la salle de détente de la blanchisserie inter-hospitalière qui doit être refaite. « L’idée, c’est de proposer cette solution quand on a un sujet de rééquipement plutôt que de prendre du neuf », illustre-t-il.

Il se dit également persuadé « qu’il y a des choses à faire en ce qui concerne les bureaux, afin de rendre ces espaces un peu moins aseptisés et plus chaleureux. » Mais étendre la pratique nécessite aussi de stimuler la création d’une filière ad hoc dans la région. Pour y parvenir, Jérémie Grée caresse l’idée d’organiser un tour de table avec ses homologues acheteurs des collectivités territoriales alentour.

 

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