Le C2DS fait campagne pour la décarbonation

Alors que le Cop 26 donne rendez-vous à Glasgow en novembre prochain, le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) continue de promouvoir sa Convention hospitalière pour le climat, appel à la décarbonation. L’association veut pousser les pouvoirs publics à agir, non seulement sur la consommation d’énergie, mais aussi sur l’éco-conception des bâtiments et des soins.

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« Il y a des signaux verts, qui pointent une réelle prise de conscience des impacts de l’activité des soins sur notre environnement », constate Véronique Molières, cofondatrice du C2DS, association à but non lucratif, comptant aujourd’hui 630 établissements adhérents (CHU, CH, CLCC, cliniques, EHPAD, cabinets médicaux…), et dont la raison d’être est de sensibiliser le système de santé au développement durable (lire notre article du 5 novembre 2020). Car le soin est source de pollutions, avec une empreinte carbone estimée à 5 % des émissions de gaz à effet de serre du pays, même s’il faut prendre cette évaluation avec des pincettes.

Des professionnels de plus en plus convaincus

La crise sanitaire a sans doute accéléré le mouvement. Pour preuve, le C2DS a enregistré 172 nouvelles adhésions l’année dernière. Selon le tout récent sondage réalisé par le Comité auprès de 1350 professionnels de la santé, 88 % des personnes interrogées déclarent vouloir un établissement exemplaire en matière d’énergie, de transports, de déchets… Le taux passe même à 91 % concernant les seuls agents hospitaliers. Plus de la moitié du panel (51,7 %) répond déjà agir pour réduire l’impact environnemental. Les mentalités évoluent, y compris chez les médecins. « C’est nouveau », note Véronique Molières. Près de 70 d’entre eux, toutes spécialités et secteurs confondus, participent à un groupe de travail sur la réduction de l’empreinte carbone de leurs activités.

Les leviers d’action sont nombreux. Aujourd’hui, la réglementation, loi Elan en tête, cherche surtout à inciter les hôpitaux à réduire leur consommation d’énergie. Mais ce facteur n’est pas la seule clef, loin s’en faut. Car le scope 3, c’est-à-dire les émissions indirectes autres que celles liées à la consommation d’énergie – achats, déplacements (mobilité des salariés, transport des patients et des marchandises), restauration, déchets – est une importance source de pollution. Il représentait 3243 tonnes équivalent CO2 sur un total de 3836 tonnes en 2019 à la clinique Saint-Roch de Cambrai, soit 85 % des émissions de gaz à effet de serre.

Chaque geste compte

Les actions de l’établissement ont permis, en 8 ans, de réduire de 52 % son empreinte carbone alors que l’objectif initial était de 20 %. Autre exemple emblématique, l’hôpital de Niort a fait baissé son bilan d’un tiers grâce à une politique globale menée depuis des années (lire notre article du 25 janvier 2021). Celui de Lannion a, entre autres, réduit de 30 % ses déchets (lire notre article du 26 février 2021).

Chaque action compte. Dans le secteur de la restauration, le CHU de Poitiers fait la chasse au gaspi (lire notre article du 8 juin 2021). Le centre de lutte contre le cancer Oscar Lambret a, par exemple, plus que doublé les repas végétariens dans son self, passant de 2000 à 5000 entre 2014 et 2019. De quoi soustraire 3 tonnes équivalent CO2 avec l’absence de viande consommée. Depuis deux ans, le CLCC recycle ses huiles alimentaires, ce qui a permis de fabriquer 1843 litres de biocarburant en 2019.

Le C2DS attend plus de l’Etat et des industriels

Pour autant, bien des sujets restent inexplorés. « Le verre médicamenteux n’est pas aujourd’hui collecté à part, ni retraité. Ni certains matériels comme les ciseaux médicaux en métal à usage unique qui ne sont pas revalorisés », illustre Olivier Toma, porte-parole du C2DS. Côté dispositifs médicaux, les métaux précieux ne sont pas récupérés. Certains DM détruits par incinération contiennent de l’iridium dont le kilo se négocie à 130 000 euros, pointe Olivier Toma.

Le C2DS appelle de ses vœux un engagement plus fort de l’Etat et des industriels, avec un meilleur pilotage du sujet, des mesures pour intégrer la problématique dans la formation initiale et continue des professionnels de santé, et le financement de l’exemplarité. L’association a déjà suggéré au gouvernement d’imposer l’étiquetage de l’empreinte carbone et la publication de l’analyse du cycle de vie aux fournisseurs de médicaments et de DM.

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