Compostage des biodéchets : de l’assiette au jardin

Peut-on composter directement ses biodéchets sur le site de l’hôpital ? En internalisant le compostage, les gains sont-ils vraiment au rendez-vous ? Les contraintes techniques et humaines sont-elles supportables ? Stéphanie Burel et Vincent Ayma, responsables de la filière bionettoyage et gestion des déchets hospitaliers du CHU de Toulouse ont réfléchi à toutes ces questions.

L’une est responsable de la filière bionettoyage et gestion des déchets du CHU de Toulouse, l’autre y est responsable de la gestion des déchets hospitaliers. Stéphanie Burel et Vincent Ayma ont tous deux porté un projet original et ambitieux, le compostage in situ des biodéchets. Un défi de taille puisque pas loin de 95 tonnes de biodéchets sont générés chaque année sur les différents sites du CHU. Et encore, les déchets issus des plateaux des patients ne sont pas pris en compte pour le moment !

Diminuer l’empreinte carbone de la collecte

Stéphanie Burel

« Nous avons dix points de collecte sur l’ensemble du CHU, explique Stéphanie Burel, et environ une vingtaine de filières ». La prestation de collecte des biodéchets est actuellement assurée par un prestataire. Mais ce n’est pas du goût de Vincent Ayma : « Outre la réduction du coût de la prestation grâce au compostage et à l’internalisation, nous pourrions diminuer l’empreinte carbone dans des proportions non négligeables ».

Le responsable de la gestion des déchets hospitaliers du CHU est dans le vrai, car les camions du prestataire doivent parcourir soixante kilomètres pour arriver sur site et autant à la fin de la journée, sans compter la distance qui sépare chacun des dix points de ramassage… Collecter des déchets composables avec une telle empreinte carbone, c’est hérétique. Mais Stéphanie Burel et Vincent Ayma ont la solution. Et elle s’effectue à coût zéro.

Produire 10 tonnes de compost par an

Vincent Ayma

Pour Vincent Ayma, il suffit d’utiliser les véhicules existants du CHU : « C’est très simple, il suffit d’organiser des flux qui permettent d’éviter des retours à vide sur le principe du propre/sale, nous avons la logistique et l’expérience pour le faire ». Sur site, l’empreinte carbone est la même. « Elle est même inférieure, explique Stéphanie Burel, puisque nous souhaitons centraliser les biodéchets dans un local abrité sur le site de l’hôpital Purpan ».

De l’aveu de Stéphanie Burel, les travaux pour le rendre opérationnel et le mettre aux normes sont minimes. Et si leur projet devait se concrétiser, c’est là que serait installé le composteur. « Un appareil de ce type génère 10 à 12 % de sa capacité annuelle, explique Vincent Ayma, ce qui nous permettrait de produire environ 10 tonnes de compost chaque année ».

Les jardiniers demandeurs

Plutôt que le vendre, Stéphanie Burel et Vincent Ayma ont plutôt opté pour un process vertueux : « Dès que les jardiniers ont entendu parler du projet, ils ont immédiatement été demandeurs, expliquent-ils, mais le personnel est lui-aussi intéressé ».

D’où l’idée de mettre gratuitement du compost à disposition de ceux qui ont un jardin : « Nous avons souhaité montrer aux agents du CHU ce que nous faisions de nos déchets alimentaires en montant une opération pédagogique, explique Stéphanie Burel, baptisée “De l’assiette au jardin” elle devrait mobiliser le personnel pour une meilleure gestion des déchets alimentaires ». Car à la sortie des selfs le tri doit être exemplaire afin que les biodéchets soient “propres” et aptes à faire du compost “propre” également.

Tout semble trop beau dans le projet élaboré par Stéphanie Burel et Vincent Ayma, mais ils le reconnaissent d’autant plus volontiers qu’ils en ont cerné eux-mêmes les limites, le compostage in situ des biodéchets, ce n’est malheureusement pas pour demain. « Il y a tout d’abord une réalité incontournable, regrette Vincent Ayma, le marché de collecte des déchets alimentaires est en cours de renouvellement et nous ne sommes pas encore prêts ».

Trop novateur ?

D’autant que benchmark aidant, ils se sont trouvés confrontés à d’autres difficultés : « De nouvelles questions se sont posées, de nouvelles contraintes sont apparues, constatent les deux responsables toulousains, nous devons intégrer un plan de maitrise sanitaire des bacs, gérer le rejet des eaux sales à l’issue de leur nettoyage, former deux agents pour la gestion du compost et le compostage, les intégrer au plan de maîtrise sanitaire, s’assurer que le tri à la sortie des selfs soit bien fait… ».

Autant de données à intégrer alors que le renouvellement du marché est quasiment bouclé. Stéphanie Burel et Vincent Ayma vont encore devoir ronger leur frein : « La méthanisation c’est la solution de facilité, déplorent-ils, la matière n’est pas valorisée par le CHU ». Le temps leur donnera sans doute raison : « Lorsque nous intègrerons les déchets des plateaux patients, nous multiplierons notre tonnage de biodéchets par trois, il faudra bien trouver des solutions pérennes et économes ». Du déchet qui coûte 1 300 € la tonne à celui qui peut rapporter, il y a de la marge…

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